Ma chronique dans le journal Mobiles
Hausse des droits de scolarité et conflit étudiant 2012
C’est bien tristement que nous sommes arrivés au 100e jour de conflit étudiant. Et c’est
bien tristement que j’ai assisté au véritable coup de force du gouvernement libéral de
Jean Charest pour tenter de mettre fin à l’impasse avec l’adoption de la loi matraque
78. Je dis bien tenter, puisqu’à ce jour, la loi ne règle rien, sauf le report du problème à
l’automne, car je rappelle que le conflit étudiant provient de la hausse de 83 % des frais
de scolarité, et que rien dans la présente loi n’y fait référence. De plus, ni le premier
ministre Jean Charest, ni le ministre de la Justice Jean-Marc Fournier ne sont
intervenus lors du débat précédant l’adoption de la loi, ce qui en dit long sur les objectifs
réels recherchés par le gouvernement libéral.
Le Québec a vu sa jeunesse se mobiliser comme jamais, faire preuve de solidarité en
sacrifiant leur session pour leurs convictions. Il faut dénoncer l’argumentaire mesquin
laissant entendre que les étudiantes et les étudiants en grève « ne veulent pas
étudier ». Au contraire, en se portant à la défense des quelques 7000 étudiants
québécois qui, en dépit de la bonification des prêts (qui d’ailleurs amènera un
endettement plus élevé des étudiants), renonceront à des études supérieures si les
hausses aux droits de scolarité sont appliquées. Les étudiants en grève démontrent
toute l’importance qu’ils accordent à l’éducation et son accessibilité. Je suis fier de cette
jeunesse, qu’on qualifie à tort d’enfants gâtés. Leur combat est celui de toute une
société et celui des générations futures.
En 100 jours de conflit, le gouvernement de Jean Charest s’est employé à discréditer
les étudiants, à les diviser, à diviser la population jusque dans les familles en dressant
les générations les unes contre les autres, et à dénigrer les centaines de milliers de
Québécois qui les ont appuyés en portant le carré rouge. Mais en 100 jours de conflit,
jamais le premier ministre Jean Charest, responsable du dossier Jeunesse, n’a eu le
courage de rencontrer les représentants étudiants, de leur serrer la main et de leur
parler en les regardant dans les yeux. Avec la scandaleuse affaire du « petit-déjeuner
de financement de l’ex-ministre Beauchamp », comment ne pas constater qu’il est plus
facile pour un membre de la mafia de rencontrer un ministre libéral qu’un représentant
étudiant d’être invité à négocier?
Si le gouvernement de Jean Charest avait proposé une suspension de la hausse des
droits de scolarité prévue pour septembre afin de faciliter le dialogue, tel que suggéré
par le Parti Québécois, les étudiants seraient retournés en classe, les manifestations
seraient terminées et la paix sociale serait rétablie. Mais la solution que le
gouvernement de Jean Charest qualifie d’optimale est l’adoption d’une loi matraque. La
loi 78 est abusive et porte atteinte aux libertés fondamentales d’association,
d’expression et d’assemblée pacifique.
Pourtant, juste avant le dépôt de la loi, on a assisté à un appel ultime à la raison et au
dialogue de la part des carrés rouges, verts et blancs réunis ainsi qu’en compagnie de
députés du Parti Québécois, de Québec solidaire, d’Option nationale et de quelques
indépendants, tous unis pour rétablir la paix sociale et tendre la main à Jean Charest
pour arriver à une solution négociée plutôt qu’imposée. Main qu’il n’a pas su prendre
évidemment.
Jean Charest a préféré imposer la loi 78, loi décriée entre autres par le Barreau du
Québec, la Ligue des droits et libertés et la Fédération des femmes du Québec. Tous
sont d’avis que la loi porte atteinte à la démocratie, aux droits constitutionnels et
fondamentaux des citoyens et surtout, qu’elle n’est pas justifiée pour atteindre les
objectifs visés par le gouvernement, soit le retour en classe.
On s’attaque à la liberté d’expression, au droit d’association et au droit de manifester de
l’ensemble des Québécoises et Québécois. Les parents des étudiants pourront être
ciblés puisque l’omission d’agir est passible de condamnation. Les associations
étudiantes seront présumées responsables d’éventuels actes illégaux qui seront
commis par des personnes avec qui elles n’ont aucun lien.
Bref, pendant que les Québécoises et les Québécois sont privés de leurs droits, le
maire de Mascouche continuera de siéger et les Accurso de ce monde continueront de
recevoir des millions en contrats publics.
Qui osera encore manifester et exprimer son opinion dans de telles conditions? C’est
une atteinte inacceptable aux droits de tous les citoyens du Québec. D’ailleurs, la
ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, a admis : « Vous aurez toujours le droit
de manifester, mais ce sera à vos risques et périls ».
C’est totalement outrant. Je souhaite le retour en classe, mais je souhaite avant tout la
primauté du droit, la paix sociale et le traitement juste et équitable des étudiantes et
étudiants dans leurs demandes.
Heureusement, il y a encore de l’espoir. Un éventuel gouvernement du Parti Québécois
abrogera la loi 78, annulera la hausse décrétée par le gouvernement libéral, tiendra un
sommet sur l’enseignement supérieur où aucun sujet de sera tabou, et tant et aussi
longtemps que le Québec n’aura pas rejoint la moyenne canadienne de diplomation
universitaire, ne montera jamais davantage que l’inflation les droits de scolarité. Ces
positions ont toutes été adoptées par les délégués du Parti Québécois lors de nos
congrès locaux, régionaux et le congrès national d’avril 2011.
De plus, un éventuel gouvernement du Parti Québécois ne pourrait adopter une loi
aussi injuste que la loi 78. Avec l’instauration de référendums d’initiative populaire,
n’importe quel citoyen pourrait, par exemple, en initier un pour abroger la loi 78,
moyennant la signature de 15 % des électeurs inscrits. Il s’agit de donner un nouveau
droit aux Québécoises et Québécois qui pourront se faire entendre pas seulement tous
les quatre ans, mais aussi entre les élections.
Je suis fier de nos jeunes, mais j’ai honte de ce que le gouvernement est en train de
leur enseigner. Le mépris et le refus au dialogue du premier ministre ne peuvent
qu’entraîner le climat dans lequel se trouve le Québec actuellement. J’espère que nos
jeunes feront preuve de sagesse et que le jour où ils dirigeront le Québec à leur tour, ils
sauront le faire mieux que ce à quoi ils auront été confrontés.
En terminant, à titre de député de Saint-Hyacinthe, je préfère porter le carré rouge avec
sa vraie signification, que le carré de la honte et de l’injustice que porte le premier
ministre Jean Charest et son gouvernement libéral.
Émilien Pelletier
Député de Saint-Hyacinthe à l’Assemblée nationale du Québec
Porte-parole de l’opposition officielle pour les personnes handicapées

